Quatre hommes dans la rue
Quatre hommes se promenaient dans la rue. Tous portaient des chapeaux haut de forme et de grands manteaux
noirs. Ils marchaient l'un à côté de l'autre, sous les faibles lumières des lampadaire. C'était une
nuit très sombre, et plutôt nuageuse. Mais, il n'y avait pas de vent sauf que parfois, par-ci par-là, émanait
des bourrasque du sol, d'une odeur nauséabonde. Ce début novembre était très frisquet.
Lorsque les hommes parlaient, une légère fumée s'enfuyait de leur bouche en effectuant des
tourbillions et en se dissipant tranquillement dans l'air. Personne ne savait vraiment de quoi ils parlaient, chaque nuit, depuis deux
semaines. Personne ne les connaissait vraiment. En fait, les quatre hommes ne parlaient pas de ce que les humains normaux pourraient
comprendre. Ils parlaient de choses bien trop secrètes pour être écrites par une main comme la mienne. Je peux, par contre, vous
assurer qu'ils gardent ce secret. Ils le gardent si bien que nul mortel n'a pu soupçonner de quoi il s'agissait. Mais les hommes se
faisaient vieux, ils devraient bientôt partager ce secret avec quelqu'un de confiance. C'est donc de cela qu'ils parlaient ce soir;
qui sera le prochain gardien de ce secret? Tous les quatres, creusant dans leur mémoire, essayant de trouver qui serait le meilleur
pour garder secret ce qui ne devrait pas être su. Ils ne regardaient pas vraiment où ils allaient. Ils se laissaient
transporter par leur pas. Soudain, l'homme le plus à gauche disparu. Mais les trois hommes qui restaient ne semblaient pas
s'être aperçu de cette étrange disparition. Une dizaine de secondes plus tard, l'homme à la droite des deux
se volatilisa, aspiré par le sol. Mais les deux restants ne s'aperçurent encore de rien. La même chose arriva
à l'homme qui était à côté du premier qui n'était plus là. Plus qu'un seul homme
marchait maintenant dans la rue. Un instant plus tard, plus aucun homme ne marchait dans la rue en ce soir froid de novembre.
Les quatre hommes ne marchèrent plus jamais dans la rue, et leur secret disparu avec eux...
Plusieurs heures plus tard, un homme arriva dans cette même rue à bord de son camion. Il
s'arrêta, et sorti. Il prit, à l'arrière de son véhicules, quatre bouches d'égouts qui avaient
malencontreusement été oubliées d'être installées pendant la journée.
Julien Séguin De Garie
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